Exposition consacrée à Toulouse-Lautrec jusqu'au 27 janvier

La beauté des bastringues

Publié par arman - samedi 7 décembre 2019, 15:34 | Voir les avis

classique moderne

Voici un événement consacré à l'une des pesonnalités majeures de la Peinture française de la fin du XIXème siècle (Impressionnisme, Post-Impressionnisme). C'est l'illustre Henri de Toulouse-Lautrec, le peintre de la vie parisienne et des cabarets, qui se voit consacrée une grande rétrospective par le Grand Palais.

Un peu oublié par les expositions contrairement aux autres grands peintres de sa génération (Gauguin, Van Gogh), c'est pourtant un artiste capable de produire des scènes de genre et des portraits avec un style personnel aussi puissant que Manet.

Henri de Toulouse-Lautrec sait par exemple plonger le spectateur de façon étonnante dans le monde des bordels de la fin du XIXème siècle. Il faut dire aussi qu'il les fréquentait beaucoup.

Ces dames sont comme des plantes vénéneuses qui serpentent et captent sur des canapés fanés l'air moribond, des statues immobiles et fragiles posées dans un rutilant mais poussiéreux salon. Alors que la dame tout en vert au milieu de la toile, lève sa jambe toute proche sans même nous adresser un regard, quelque chose de malsain semble régner dans ce salon, quelque chose que ces dames ne veulent pas manifester. Et que dire de cette autre plus au fond fondue dans le rouge du décor qui cherche quelqu'un du regard. Qui? Un client? Le titre du tableau n'est pas totalement explicite. Cette dame au second plan en mauve nous adresse elle un regard interrogateur.

Assis dans ce salon au milieu des filles vous êtes le témoin neutre et involontaire d'une scène qui devrait être sensuelle (la couleur rouge) mais qui ne peut s'empâcher d'exhaler un air maladif (le vert). Pour cette toile Toulouse-Lautrec crée à la fois une scène de genre et une ambiance, raconte discrètement toute une histoire, celle des bordels de son temps, comme un grand peintre réaliste, comme un Manet. 

Voici le bal hors cadre du Moulin Rouge, à l'accueil intimiste : le masque y est de sortie et la fête bat son plein à la chaleur roussissante de cette table d'élégants voisins. Sublimant l'étrangeté des badauds Lautrec fait ressentir la grande fête et sa chaleur intime sans avoir besoin d'exhiber les danseurs. Un autre pur chef d'oeuvre.

L'exposition confirme tout le génie portraitiste de Toulouse-Lautrec, capable de réussir même le simple dos d'une maîtresse (A Grenelle), en en captant toutes les nuances d'une façon tellement naturelle qu'il devient surnaturel de le voir là entouré d'un cadre. Et que dire des nombreux portraits de dandys parisiens (Portrait du Dr Henri Bourges, Portrait de Gaston Bonnefoy) dont le port et l'élégance en dit tellement long sur des personnalité raffinées, malgré l'engoncement dans des scènes elles lambrisées et fermées.  

Le Grand Palais remet au goût du jour un très grand Artiste et une personnalité immense de la Peinture, qui s'était fait trop rare malheureusement dans nos expositions parisiennes. Il est à noter qu'aucun des chefs d'oeuvre contemplés n'appartenait à une collection publique parisienne. Donc une exposition à ne surtout pas manquer.

Pas d'avis pour l'instant.
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