Les "Windows" minimalistes d'Ellsworth Kelly à Beaubourg

Fenêtres et toiles

Publié par arman - samedi 20 avril 2019, 11:28 | Voir les avis

contemporain moderne

On s'amuse parfois à penser en face de toiles de Peinture qu'elles sont en vérité des fenêtres donnant sur des ailleurs. Le regretté peintre américain Ellsworth Kelly (1923-2015), pourtant artiste minimaliste, semblait partager ce sentiment et de plus au pied de la lettre.

C'est ce que suggère en effet l'exposition du Centre Pompidou consacrée à sa série de tableaux "Windows" dont le sujet est justement la transformation de toiles de peinture en fenêtres.

Le jeune Ellsworth Kelly peignit lors d'un séjour en France entre 1948 et 1954 les croisées et les embrasures des "fenêtres" de "Windows", tableaux noir et blanc la plupart. Ce sont des oeuvres dont le titre et la symbolique contextualisent et amplifient l'effet brut du noir et du blanc. Mais ces toiles minimalistes arrivent-elles à faire respirer une vraie scène et à laisser une place à l'autre ailleurs, celui situé en-deça et au-delà des fenêtres? Voici trois toiles qui touchent vraiment au but :

Window I

Les rideaux blancs laissent entrevoir à travers les croisées de Window I un ciel de même couleur et c'est tout l'extérieur qui semble comme caché et dissout dans une brume opaque. De cette vision du réel seules semblent avoir subsisté les imposantes croisées noires dressées telles un signe kabbalistique, au mystérieux et indéchiffrable message, prenant le pas sur tout le reste.

Black & White (Carpenter's window)

Surpassant son embrasure blanche le noir en relief est uniforme et dense. A travers cette fenêtre nul n'arrive à distinguer plus qu'une obscurité sans contour, une nuit complète et opaque. Et on est sûr d'avoir saisi l'intention du Peintre en découvrant la source d'inspiration de la toile, la photo d'une grange abandonnée vue de l'extérieur. 

La photo fut prise par Kelly lui-même lors de son séjour en France.

Window VI

Les croisées noires coulissent, se décalent, et s'estompent pour ouvrir l'espace infini de l'horizon : au loin la mer et le ciel se confondent, se reposent sur un sable presque rose et doux. C'est ainsi l'été, synthétisé dans une parfaite abstraction (même si la photo trahit les nuances du bleu et du rose sable).

Window VI est un peu une exception par rapport aux autres toiles de la série. Car Ellsworth Kelly se prévalait en effet d'avoir supprimé de sa réprésentation du monde la troisième dimension, et c'est le cas pour les deux premières oeuvres.

Un Art Minimal dans toute sa splendeur rendu par ce génie économe, capable d'inspirer à l'aide d'aussi peu de moyens d'aussi profondes impressions. 

Pas d'avis pour l'instant.
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