Exposition "Picasso. Bleu et Rose" au Musée d'Orsay (II)

Les grands chefs d'oeuvres

Publié par arman - samedi 12 janvier 2019, 20:34 | Voir les avis

moderne

Après nous être intéressés au trait prodigieux du génie andalou, il était grand temps d'évoquer les chefs-d'oeuvres grand format de l'exposition-événement "Picasso : Bleu et Rose" au Musée d'Orsay.

Contrairement à ce que laisse penser le titre, l'exposition consacre d'abord sa première partie aux débuts de Pablo Picasso, à Barcelone et à ses premiers séjours à Paris. Des séjours qui lui vaudront un succès immédiat en 1901 lors de sa première exposition parisienne à la galerie Ambroise Vollard ; il n'a alors que 19 ans. Il n'est pas encore entré en "période" bleue ni rose mais le flou enivré qui entoure sa sourde et noctambule Buveuse d'Absinthe annonce déjà un très grand talent.

Le "Bleu" de Picasso, entre bleu nuit et bleu turquoise, est la couleur des ambiances froides et malheureuses dont se sert en toile de fond Picasso, éploré par la mort de son grand ami Casagemas. L'oeuvre La Vie représentée ci-dessous est le grand chef d'oeuvre de cette période; c'est en même temps pour nous une rareté provenant d'un musée du fin fond des Etats-Unis où il est habituellement exposé.

La Vie

Casagemas revit à travers ce tableau peint par Picasso suite au décès de son ami suicidé. Dans une scène d'autant plus irréelle et improbable, peuplée de personnages nus et désolés, un Casagemas interrogateur tient debout contre lui sa maîtresse au réveil. Revenant des limbes des enfers, l'ami disparu pointe d'un doigt immortel la présence d'une femme portant modestement son bébé dans les bras. 

C'est la rencontre imprévue d'un couple solitaire de jeunes gens arrachés à la nuit et à leur intimité, avec une mère et son enfant. C'est la maternité comme proposition brutale et intempestive face à la solitude et l'ennui. Ce que Casagemas semble vouloir signifier du doigt, c'est que, même si la famille ne semble pas guérir de la pauvreté, elle apporterait à ces deux êtres nus la même chaleur que le bébé endormi.

Un autre thème cher à Picaso, les "Pierreuses" ou prostituées de bas étage, sont le sujet de prédilection des portraits austères de la Période Bleue. Souvent peintes isolées dans les cafés, leur pauvreté et leur mal-être rendent ces femmes presque inertes. Leurs cheveux se coiffent en choux fleur, leurs foulards se transforment en de grandes feuilles aplanies sur les épaules, leur visages deviennent anguleux et froids comme du roc.

L'acrobate à la boule

Cette autre grande toile est cette fois représentative de la "Période Rose" du Maître Andalou, celle du retour à un optimisme mesuré.

C'est l'histoire d'une petite acrobate et de son compagnon qui, ayant fait camper leur cirque sur une vaste plaine vallonée et désertique, s'exercent.

Cette fine demoiselle ressent la joie de réussir son tour, d'arriver à se dresser les bras fins levés au ciel, comme les deux fines feuilles d'une fleur audacieuse, poussant au milieu de la sécheresse peu propice du désert. Mais n'est-elle pas finalement sous la protection de cette immense sculpture vivante et peinte, ce Colosse assis de dos, ce Dieu du Désert qui tout en l'observant trône puissant face à sa danseuse.

L'exposition du Musée d'Orsay nous a permis également de revoir Garçon menant un cheval (1906), grande toile marquante vue à l'expostion "MoMA" et la Jeune femme nue à la chevelure du Musée de l'Orangerie taillée au burin pré-cubiste, plongée dans un rouge intense et doux. Toutes ces oeuvres montrent l'inventivité géniale d'un Artiste à la technique et au trait exceptionnels. L'exposition du Musée d'Orsay était assurément un must.

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